Au vol !

 

Alors que l’heure est à l’apéritif, que le soleil et la chaleur tardent à se montrer, que la capitale ne se gorge pas encore de rosé, il fallait tenter un nouvel endroit pour parer à la morosité ambiante. Et quoi de mieux qu’un bar à vin pour étancher sa soif (de vivre) ?

Et quitte à leur faire de la publicité en les mentionnant ici, tant pis. Il faut être averti, ce lieu est une hérésie pour la griserie : Ô Château.

Je m’explique.

Un vendredi soir, des amis, une envie d’ivresse mêlée à de la nouveauté, nos pas nous mènent dans ce Château où il faut s’extasier. Confortablement installés, sourire aux lèvres, une serveuse vient à nous… pour nous chasser ! Et qu’ça saute, table réservée, pas l’temps de mettre l’encart « réservé », plus de place, et pas vraiment désolée… Grrmmllff. Bien, la soirée se poursuivra ailleurs, grand bien nous fasse.

Rue Jean-Jacques Rousseau, fin d’une après-midi langoureuse, des fauteuils molletonnés me font du pied. Le sol tout de bois vêtu donne envie d’être foulé. Le grand bar finit de me séduire tout à fait… Ne pas rester sur une défaite, si cuisante fût-elle. Ne pas être rancunier non plus. Entrons.

Un jeune homme, propre sur lui, bien informé, nous fait l’apologie de la carte, inventive, créative, de qualité. (Lecteur avisé, vous avez remarqué que je suis passée du « je » au « nous » dans ma narration subjective. Eh oui, c’est que je ne bois pas seule, c’est toujours ça, me direz-vous.)

La carte n’est pas classée. Ni par ordre de région, de cépages, de prix. Mais ce n’est pas là que le bât blesse. Plutôt au niveau des prix. Je ne peux même plus dire qu’ils nous prennent pour des américains, puisque les pauvres, l’euro ayant massacré leur virilité en supplantant leurs billets verts et autres « s » barrés, ce n’est pas à leur monnaie que les propriétaires de ce bar en veulent. Non, non.

29 euros le verre de vin, il a intérêt à être bon. En plus les quantités varient : 3 centilitres. Quelqu’un peut-il m’expliquer qui étanche sa soif avec 3 ou 5 cl ?!? Nous prenons donc une bouteille in medias res. Quelle n’est donc pas notre stupeur, quand le serveur, tout sourire, nous explique qu’il faut multiplier les prix par deux, si on veut consommer sur place. Je glousse. Sauf que c’était pas une blague. Le serveur me jauge, puis poursuit : c’est avantageux pour ceux qui prennent à emporter. Alors chéri, laisse-moi t’expliquer un truc. Si je veux une bouteille de vin, rue Jean-Jacques Rousseau, un caviste, y en a un. Le monoprix n’est pas loin. Et rue Montorgueil chez Nicolas tu iras. Donc le vin, c’est ici que je le déguste. Désirez-vous la carte des vins à consommer sur place ? Blanc. Il se moque de nous, c’est sûr. Mine de rien, nous acquiesçons poliment. Va nous avoir à l’usure celui-là, pour sûr !

Et là, splendeur et décadence : le Saint Joseph, 2009, passe de 27 € à emporter à 123€ dans la carte « sur place ». Nous lui soumettons que 27 multiplié par deux ne fait jamais 123, pour toute réponse il lâche : il y a une coquille. Ah oui ? Mais où ? Dans le prix à emporter. Ben voyons.

Pour accompagner le sang du Christ, assiette de fromages de rigueur, de bonne tenue, soulignons-le. Et une bruschetta qui n’a que le nom : quiconque a déjà savouré une bruschetta digne de ce nom au petit déjeuner à Rome comprendra qu’au château elle n’est pas. (je parle comme maître Yoda)

Je vais tâcher de la faire courte, mais amateurs de vin fuyez le plus vite que vous pouvez cet endroit, une arnaque en bonne et due forme. Des prix exorbitants, un rationnement digne de la guerre de 40, et une population de … je vous le donne en mille : touristes américains en goguette ! J’ai dessoûlé d’un coup quand l’addition est arrivée, pour la volupté, c’est raté.

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