C’est qui ce Gus ?

Comment se prépare-t-on à glisser de l’être au néant ?

Comment vit-on lorsque l’on sait son temps compté ?

C’est avec une infinie poésie que Gus Van Sant aborde ces questionnements douloureux, qui prennent ironiquement vie dans l’âme au moment de la maladie. Quand on arrête d’être en bonne santé, on s’interroge alors sur la valeur de la vie. Avec le film Restless, le réalisateur propose une tragédie moderne où les amants sont voués à une séparation certaine. «Jusqu’à ce que la mort nous sépare» est l’incipit de cette ode à la vie marginale et non plus ce qui clôt une histoire. Le commencement part de la fin, les cartes sont retournées, il faut composer avec la réalité en face. L’œuvre magistrale de Gabriel Garcia Marquez, Chronique d’une mort annoncée, résonne sur le fond mais non sur la forme. Sans pathos ni affliction, Restless étourdit de joliesse et de légèreté.

« La rigidité et la dureté sont les compagnons de la mort. La douceur et la délicatesse sont les compagnons de la vie. »

Si l’on en croit Lao-Tseu, les protagonistes angéliques de ce film ont choisi pour compagnons de mort ceux traditionnellement associés à la vie. Et c’est peut-être ce qui en fait un film d’une force étonnante et d’une puissance remarquable : le traitement à rebours de la souffrance et de l’injustice de la maladie. Ce film n’est pas le théâtre de crises ni de larmes, bien qu’il suppose un tutoiement de la mort. Cette proximité mène les deux personnages à une telle familiarité avec la mort, qu’elle donne lieu à sa mise en scène.

Gus Van Sant sublime les deux outsiders qui évoluent dans un état qui lui est cher : l’ennui et la marginalité. Et non l’ennui de la marginalité. L’évanescente beauté du jeune couple blond au dandysme éthéré transporte le spectateur conquis vers une fin inéluctable, le sourire aux lèvres. Le film est emprunt d’un onirisme joyeux délectable. Le glissement de l’autre côté s’est effectué sans heurt, sans angoisse, et sans obstacle.

Restless, dernier film de Gus Van Sant

avec Henry Hopper et Mia Wasikowska

- en DVD et VOD depuis le 8 février-

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