Chagall sans martingale

 

 

 

Les hauteurs de Nice, Cimiez et ses pins parasol, ses cyprès, ses strobiles, ses villas et ses automobiles qui ne peuvent se garer.

Pour y accéder, il faut donc tourner, tourner, et trouver génial de trouver une place. La visite peut commencer. Avis aux amis de la prime jeunesse : moins de 26 ans, entrée gratuite. Le seul bon point de la politique d’Estrosi, soulignons-le gaiement !

Et là, drôle d’atmosphère : coincé entre les messieurs du vestiaire (je sais, je sais, ce sont des dames, mais c’est plus fort que moi, je rêverais d’y voir des hommes aux costumes cintrésJ). Donc c’est coincé entre le vestiaire et un petit banc accueillant une jeune mère et ses ouailles, qu’un panneau de verre joliment fini attend patiemment de délivrer ses informations.

Docile, je me plante devant, tente désespérément de me concentrer, et d’engranger toutes les dates marquant les temps forts de la vie de l’artiste. Sauf que ce monsieur a vécu super longtemps, supra vieux, presqu’un siècle, il a failli faire le tour du cadran. Suis pas douée en chiffres, alors, je me concentre, c’est à dire que je plisse les yeux, tords la bouche en une grimace hideuse, tâche de faire abstraction du caquetage incessant des dames du vestiaire (bah oui, vu que ce sont des membres représentatifs de la gent féminine, ça papote, ça papote) et les mômes qui m’tournent autour, vais m’en chopper un et ne réponds plus de rien. La tête en bas, pendu par les pieds, il aura au moins échappé à la mort sur la croix. Croyez-en (ou non) ma longue expérience de bourreau, c’est moins pire.

 

Premières lignes : Naissance de Marc Chagall. Rencontre de Bella, qui deviendra sa femme. Découverte de la peinture. Et là, on se dit que c’est magnifique. A peine né, déjà marié et passion trouvée. Formidable. Commençons la traversée merveilleuse à travers le cirque, univers de prédilection de Chagall, car le cirque de l’entrée me tourne la tête plus qu’il ne me divertit.

 

Les niçois savent-ils ce que veut dire visiter un musée ?

Ma question n’est pas rhétorique, je vous et me la pose, très sérieusement. Un va-et-vient magistral se tient dans la première salle (trois espaces ouverts, propices au ballet des visiteurs, virevoltant tels des hirondelles au Bois Joli. Voyez pas le rapport, moi non plus.)

J’aimerais me concentrer voilà tout, sur les somptueuses toiles noir et blanc, palettes de gris mélancoliques et tracé noir profond qui méritent du recul pour appréhender au mieux leur beauté. Or, quand je me recule, des personnages étranges, non pas les inquiétants mariés du tableau, non, des gens de chair et d’os se photographient devant la toile. Du jamais vu ! Mais bien sûr, je vois d’ici nos amis niçois, lecteurs outrés, débrancher de rage leur ordinateur (bon, en partant du principe évident que j’ai des lecteurs, qui plus est dans toute la France, qui me lisent gonflés d’allégresse puis furieux jusqu’à la rage d’être ainsi moqués.)

M’enfin, y a qu’à Nice qu’on peut trouver d’aussi stupides contemplateurs : devant les éclats prodigieux des couleurs primaires de Chagall, face au florilège de lune, de mariés, de coqs, de bouquets de fleurs aux couleurs chatoyantes, de violonistes, voilà que les niçois s’immortalisent eux-mêmes, pauvres petits pions insignifiants d’un monde qui tourne à l’envers sans leur permission ni sans qu’ils s’en rendent compte.

Je suis cynique ? Vraiment ? Car la stupidité n’a ni bornes ni frontières et passe aujourd’hui joyeusement les portes des temples de l’art et de la culture. Je suis insolente et nauséeuse. Les gosses (pas ceux de l’entrée, d’autres) courent dans tous les sens piétinant la salle biblique.

 

Vingt-neuf millions de visiteurs dans les musées en 2011. Bilan : ça fait beaucoup de photos gâchées…

 

Alors que je m’apprête à m’asseoir sur un banc, face à Adam et Eve en fusion, perchés sur trois jambes seulement, le gardien-je-me-fous-de-l’agitaion-qui-règne-dans-ce-musée-tout-ce-que-je-veux-c’est-rentrer-chez-moi-avent-l’heure-et-ne-pas-observer-une-seconde-de-plus-ces-toiles-de-merde-allez-tout-le-monde-dehors-par-ici-la-sortie-16H45 Raus. 17h-il est déjà trop tard.

 

Salutations bien basses à la boutique recelant une foultitude de bouquins expliquant l’art aux enfants (de la patience, beaucoup de patience, les kékés z’en tiennent une couche épaisse comme la graisse sur les rillettes.)

 

Retenons du musée ses toiles, trésors délicats renonçant au temps qui passe et gravons dans notre mémoire faillible sans martingale les joyaux de ce maître de la peinture, Marc Chagall.

 

2 réponses à “Chagall sans martingale”

  1. lointier dit :

    excellent !

    est ce bien « l’insolente » qui a écrit tout cela ?
    ce n’est pas signé… sauf Chagall

    Marc LOINTIER, 3 place du Mchl JUIN Paris 17e

    • blog.linsolente@gmail.com dit :

      En effet, les articles ne sont pas signés car ils sont tous de moi.
      Merci de votre compliment ! Et ravie que le site vous plaise…

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