M comme… Manet

Édouard_Manet_-_Gypsy_with_a_Cigarette_-_Google_Art_Project

Mes mains sentent le purin. Elles sont terreuses, argileuses, modestes, rugueuses.

Mes ongles sont jaunis par le tabac, ils ont la couleur de mon étole.

Ma peau aussi est brunie par le soleil, par mes journées passées dans les champs. Certains hommes sont blancs comme Neige, mon cheval, mais ils ne courent pas les routes. Ils sont casaniers, solitaires. Mon peuple et moi, ma famille, mes artères, nous sommes nomades. Libres, et attachés à nos traditions.

Faire un feu au milieu de notre camp, faire briller dans la nuit nos boucles d’oreilles, bracelets, breloques. Et chanter. Chanter la peine, le passé. Chanter pour savoir vivre, chanter pour ne pas pleurer.

Alors quand cet homme blanc, élégant, avec son chapeau et ses pinceaux m’a demandé de ne plus bouger, j’ai hésité. Moi, rester inactive ? M’offrir au premier regard ? Le laisser découvrir mes secrets cachés dans les traits de mon visage, dans les plis de mon jupon rouge sang ?

Il a dit la lumière est très belle, j’ai répondu qu’il faisait jour, il a enchaîné restez naturelle, j’ai ajouté je dois surveiller mes chevaux, il m’a expliqué qu’ils feraient partie du cadre, j’ai demandé lequel, on ne se comprenait pas, manifestement.

J’ai attendu, une main sur ma hanche, l’autre soutenant ma tête, que la peinture jaillisse sur la toile ; puis sans un mot, sous les étoiles, je suis partie rejoindre les miens, les bohémiens.

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